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Interview accordée au journaliste indépendant Jean Blaise NGOMA par l’honorable Joseph KIGNOUMBI-KIA-M’BOUNGOU Deuxième Secrétaire du bureau de l’Assemblée Nationale
L " />e journaliste : Honorable, jusqu’ à la publication du premier gouvernement du « Chemin d’avenir », vous vous êtes abstenu de vous présenter à l’Assemblée nationale. Cette attitude a-t-elle été motivée par une promesse de poste au gouvernement ? Honorable Joseph Kignoumbi-Kia-M’boungou - Oh lala ! vous allez trop vite en besogne dans votre interprétation de cette absence. Ce serait même faire injure aux congolais qui sont nombreux à croire en moi et à me soutenir si je devais me réduire à fonder mon engagement politique sur des promesses de postes.
En réalité, et vous le savez bien, candidat à l’élection présidentielle de 2009, j’ai sillonné le Congo du nord au sud et de l’est à l’ouest. J’ai parcouru des milliers de kilomètres en véhicule pendant 45 jours sans interruption. Par conséquent, il me fallait marquer une pause pour, non seulement, me refaire mais aussi tirer les leçons de cette élection, évaluer le travail accompli et me fixer une nouvelle orientation à donner à mon combat politique. Le journaliste : Surprise et non des moindres, vous avez rejoint l’hémicycle pour obtenir d’être élu au bureau de l’Assemblée nationale en qualité de Deuxième Secrétaire. Est-ce une compensation de ce rendez-vous manqué au gouvernement ? Honorable Joseph Kignoumbi-Kia-M’boungou - Ce n’est vraiment pas une compensation puisque je n’ai jamais été consulté pour entrer au gouvernement. Je crois que j’ai été suffisamment explicite à propos de cette prétendue compensation sur laquelle vous insistez. Mon élection au bureau de l’Assemblée nationale en qualité de Deuxième Secrétaire, est un fait inédit pour de nombreux congolais qui voient l’un des plus représentatifs personnages de l’opposition quitter les bancs alors qu’ils auraient toujours voulu le voir plus actif lors des débats en séances plénières.
Tout bien considéré, permettez-moi de lever tout de suite quelques équivoques, car votre question pose en filigrane des sous entendus qui peuvent prêter à confusion. - Premièrement, une disposition du règlement intérieur de l’Assemblée nationale stipule que la composition du bureau doit refléter l’image de cette même Assemblée dans sa diversité. Tacitement, le Deuxième Secrétariat a toujours été accordé à l’opposition et donc a été successivement occupé par Mesdames Filla de l’UDR Mwinda et Munari, puis par moi-même aujourd’hui, et par quelqu’un d’autre prochainement. C’est donc pour répondre à cette logique d’équilibre, que la Commission Education, Culture, Science et Nouvelles Technologies a été accordée en son temps à l’Honorable Ikounga, qui, je le dis bien, est aussi membre de l’opposition. C’est donc des choses auxquelles les congolais doivent désormais s’habituer ; - Deuxièmement, il faut que les choses soient suffisamment claires dans l’esprit de tout le monde. Tout en étant membre du bureau de l’Assemblée nationale, je n’en demeure pas moins membre actif et chef de l’opposition. Bien entendu je n’aurai plus la même marge de manœuvre pour intervenir dans les débats, mais il me reste encore d’autres canaux de communication avec le peuple congolais, notamment, les conférences de presse, les réunions publiques etc.….
Le journaliste : A l’ Assemblée nationale vous n’êtes même pas président d’ un groupe parlementaire, mais vous vous proclamez chef de l’opposition congolaise. Cette prétention de votre part ne sera-t-elle pas prise par d’autres cartels de l’opposition comme une provocation ? Honorable Joseph Kignoumbi-Kia-M’boungou - C’est absurde ce que vous dites. Le test de notoriété et de représentativité pour un homme politique reste à mes yeux le suffrage universel. Etre chef de l’opposition ne se décrète pas. C’est plutôt la réalité du terrain qui fait ou non un chef de l’opposition. Nous sommes en régime présidentiel et je crois savoir que l’élection présidentielle de juillet 2009 a départagé tous les prétendants au poste de chef de l’opposition que nous sommes. Autrement dit, quel critère iriez-vous chercher pour nous départager ?
Le journaliste : Votre déclaration est faite juste au moment où un projet de loi est en cours d’élaboration en vue de fixer le statut particulier du chef de l’opposition. Votre empressement est-il motivé par le désir de prendre de court les autres leaders de l’opposition ? Honorable Joseph Kignoumbi-Kia-M’boungou - Mon ambition et mes prises de position ne sont, ni subordonnées, ni même calculées en fonction des humeurs des uns ou des autres. Je suis un homme politique et par conséquent, je prends les responsabilités qui sont les miennes dans l’intérêt bien compris de mon pays. Pour rappel, au sortir de la guerre de 1997, nous nous disions tous opposants mais combien étions nous à cette époque à nous afficher et à prendre des risques comme moi ? Je ne voudrais vraiment pas tirer la couverture sur moi seul, mais je crois sincèrement que la modeste personne que je suis, a largement contribué à baliser le terrain politique de tous ceux qui se disent opposants aujourd’hui, et sur ce que j’affirme, personne ne peut me le contester.
Le journaliste : Le budget exercice 2010, arrêté en recettes et en dépenses à la somme de 2814,9 milliards de F CFA a soulevé des espoirs, mais sa répartition avec près de la moitié, affectée à l’épargne, ne semble pas être bien comprise des congolais. Pourquoi donc privilégier l’épargne et à cette hauteur alors que des problèmes de développement et de tout genre se posent à notre pays ? Honorable Joseph Kignoumbi-Kia-M’boungou - Vous faites allusion aux 1360,374 milliards d’excédent prévisionnel de cette loi de finances. Je voudrais avant tout, situer les choses dans une perspective générale afin de répondre précisément à votre question.
Prenons un cas d’école très simple pour illustrer ma réponse. Supposons qu’un père de famille ait trouvé du travail dans une société qui lui garantit un salaire de 500.000 F CFA. Lorsque celui-ci perçoit son salaire, il sait qu’il doit régler quelques dépenses qui s’imposent à lui. Dans le même temps, il sait aussi que l’avenir présente ses incertitudes, et comme tel, il doit mettre un peu d’argent de côté pour parer à toutes sortes d’éventualités. En résumé, la gestion de ce salaire se fait sur le modèle suivant : - SALAIRE = DEPENSES + EPARGNE
Maintenant, imaginons que notre père de famille, sachant qu’il va réaliser une épargne de 100.000 F CFA, n’inscrit malheureusement pas dans ses dépenses, les frais de scolarité de ses enfants qui se chiffrent à 10.000. Devant une situation pareille, la conclusion que je tire de manière hâtive est l’irresponsabilité et l’absurdité de ce père de famille qui préfère épargner de l’argent au détriment des intérêts de ses enfants qui risquent de se voir mis dehors si leurs frais d’écolage ne sont pas payés. A l’échelle d’un pays, le raisonnement est le même. Ce qui me conduit à dire, qu’au vu de nombreux chantiers qui concernent entre autres, l’Ecole, la Santé, l’eau, l’électricité, la dette, l’assainissement de nos villes etc., j’aurais voulu que cet excédent serve à régler au moins en partie ces grands chantiers qui restent encore d’actualité pour les congolais que nous sommes et qui sommes quotidiennement confrontés à des difficultés de tout genre. Le journaliste : Avant la mise en œuvre du nouveau programme du gouvernement appelé « Chemin d’avenir », le dialogue se corse entre l’Exécutif et les syndicats. Cet échec de compréhension ne peut-il pas être imputé au travail mal fait par le parlement ? Honorable Joseph Kignoumbi-Kia-M’boungou - Pour répondre à votre question, permettez-moi de situer les enjeux de la concertation entre le Gouvernement et les syndicats.
Les revendications des syndicats portant sur trois points essentiels ont été reprises par les honorables députés lors de la séance de questions au Gouvernement du 8 décembre 2009, à savoir : - Le déblocage des effets financiers des avancements, le reclassement ou la révision de la situation administrative des agents de l’Etat ;
- La question relative à l’accès automatique à la pension de retraite ;
- La prolongation indéfinie de la trêve sociale.
Si la concertation entre syndicats et Gouvernement n’a pas abouti, nous-mêmes députés, sommes au regret de signaler que nous n’avons pas été comblés au sortir de notre débat sur ces questions qui sont brûlantes. Les réponses que nous avons obtenues des ministres interrogés ne sont qu’une série d’engagements pris au nom du Gouvernement pour régulariser ces situations. Malheureusement, n’ayant pas de moyens coercitifs contre le Gouvernement, notre responsabilité ne se limite strictement qu’à interroger ses représentants sur l’état d’avancement des dossiers qui concernent les préoccupations quotidiennes des congolais dans leur ensemble. Autrement dit, on ne peut donc imputer aux députés, la responsabilité de l’échec de ces négociations. Le journaliste : En guise de conclusion, comment entrevoyez-vous politiquement, le cours de l’ année 2010, d’ une part, et votre carrière politique comme chef de l’opposition d’autre part ? Honorable Joseph Kignoumbi-Kia-M’boungou - Sans verser dans le pessimisme, je voudrais plutôt rester positif. Le Congo sera beaucoup plus ce que nous hommes politiques voudrions qu’il soit. De ce point de vue, vous voyez bien comment notre responsabilité est écrasante.
J’ai toujours dit et je continue à dire que nous devons toujours apprendre à regarder parfois en face l’impitoyable réalité de notre pays sans jamais trouver une espèce de fatalité qui le condamne à jamais. Nous devons aussi prendre véritablement conscience que ce pays est à construire et que chacun de nous, quelle que soit son appartenance politique, doit faire l’effort de dépassement de soi pour donner le meilleur de lui-même, afin de garantir sa propre survie, celle de ses enfants et celle des générations à venir. Très sincèrement, je pense que les conditions de la décrispation du débat politique se trouvent entre les mains du président de la République en tant que magistrat suprême, devant tracer le chemin et donner l’impulsion nécessaire. Dans ma conception des choses, c’est le plus fort qui doit tendre la main au plus faible. Cela me conduit donc à émettre le souhait de voir le président de la République mettre en place des cadres et des mécanismes de concertation avec la classe politique et la société civile afin de faire face dans la cohésion, aux grands enjeux qui se posent à notre pays. Le journaliste : Honorable, après plusieurs années de patience, le Congo vient d’atteindre le point d’achèvement de l’initiative pays pauvres très endettés (IPPTE). Quelle réflexion vous suggère cette nouvelle ? Honorable Joseph Kignoumbi-Kia-M’boungou - Je suis très heureux pour mon pays. Nous avons décrié la mauvaise gestion de nos finances, aujourd’hui nous en retirons les bénéfices de ces années d’acharnement contre le gouvernement. Honnêtement, je crois qu’il faut placée cette nouvelle comme un succès collectif, du gouvernement et de l’opposition. Par ailleurs, il ne suffit pas seulement d’atteindre ce point d’achèvement, il s’agit aujourd’hui
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